Construire une stratégie growth qui tient sans s'éparpiller

Construire une stratégie growth qui tient sans s'éparpiller

Tout le monde veut faire du growth. Peu de gens savent quoi tester en premier, combien de canaux activer, et surtout quand s'arrêter de papillonner. Le résultat : des équipes marketing qui lancent dix expérimentations en parallèle, n'en mesurent aucune correctement, et finissent par confondre agitation et croissance. Sacha Azoulay, fondateur de Growth Room, agence growth de plus de 35 personnes récemment rachetée par Bellacom, démonte cette logique et partage une méthode construite sur six ans de terrain, entre B2B et B2C.

Construire une stratégie growth qui tient sans s'éparpiller

Tout le monde veut faire du growth. Peu de gens savent quoi tester en premier, combien de canaux activer, et surtout quand s'arrêter de papillonner.

Le résultat : des équipes marketing qui lancent dix expérimentations en parallèle, n'en mesurent aucune correctement, et finissent par confondre agitation et croissance.

Sacha Azoulay, fondateur de Growth Room, agence growth de plus de 35 personnes récemment rachetée par Bellacom, démonte cette logique et partage une méthode construite sur six ans de terrain, entre B2B et B2C.

Pourquoi la plupart des équipes growth s'épuisent avant de trouver ce qui marche

Il y a une fascination tenace pour le "hack" en growth marketing. L'idée qu'un coup tactique bien placé, un script malin, un détournement d'API, une astuce virale, suffira à déclencher une croissance exponentielle. C'est séduisant. C'est aussi la meilleure manière de ne jamais construire quoi que ce soit de durable.

Le problème n'est pas le manque d'idées. C'est l'inverse : les équipes ont trop d'idées et pas assez de focus. Elles veulent tester du SEO, lancer des ads sur quatre plateformes, démarrer une stratégie d'influence et automatiser leur prospection, le tout avec deux personnes et un budget serré.

Résultat : aucun canal n'est poussé assez loin pour livrer un verdict clair. On arrête trop tôt ce qui aurait pu marcher, on continue trop longtemps ce qui ne marche pas.

"C'est trop facile de se dissiper. Tu écoutes quelqu'un, tu testes un truc, et le lendemain tu vois un gars qui a mis en place un hack de ouf. On dévalorise la gestion de projet, la rigueur au quotidien. Mais c'est ça qui crée la croissance durable."
- Sacha Azoulay, fondateur de Growth Room

Ce constat est d'autant plus aigu que l'arrivée de l'IA a multiplié les possibilités perçues. Chaque semaine, un nouvel outil promet de tout automatiser. Mais la multiplication des options sans priorisation claire ne fait qu'aggraver le problème. Le vrai goulot d'étranglement n'est pas technologique, il est méthodologique.

Ce que recouvre vraiment une stratégie growth bien posée

Deux canaux d'abord, la diversification ensuite

La tentation naturelle quand on lance une stratégie d'acquisition, c'est de vouloir être partout. C'est exactement l'inverse de ce qui fonctionne.

La méthode qui tient sur la durée commence par identifier un ou deux canaux conventionnels, ceux qui correspondent au modèle économique de l'entreprise, et s'y investir à fond.

Pour un e-commerce B2C, c'est presque toujours l'ads (Meta, Google, TikTok selon la cible) couplé au SEO. Pour du B2B, c'est la prospection digitale, email ou LinkedIn, associée à un canal de contenu. L'enjeu n'est pas d'être original dans le choix du canal, mais d'être excellent dans son exécution.

Cette approche va à contre-courant de la culture startup du "think outside the box", mais elle est fondée sur une réalité arithmétique : avec des ressources limitées, mieux vaut maîtriser deux canaux qu'en effleurer dix.

Le scoring comme filtre anti-dispersion

Une fois les canaux identifiés, chaque expérimentation potentielle passe par un scoring simple sur un tableur. Deux critères suffisent : l'impact potentiel (si ça marche, est-ce que ça déplace les compteurs ?) et la difficulté de mise en œuvre (budget requis, temps, compétences).

Une campagne à fort impact et faible difficulté passe en priorité. Une campagne coûteuse, complexe et à impact marginal tombe en bas de la liste.

C'est basique, mais cette discipline évite de gaspiller des semaines sur des expérimentations séduisantes qui ne rapportent rien de tangible. Le scoring subjectif vaut mieux que l'absence totale de priorisation, et c'est souvent le cas dans les équipes qui "font du growth" sans cadre.

Le growth, ce n'est pas du marketing sans ROI

La distinction mérite d'être posée clairement. Faire du marketing, c'est mener des campagnes qui n'ont pas nécessairement un objectif de retour sur investissement immédiat, notoriété, image de marque, présence.

Faire du growth marketing, c'est mener des expérimentations qui doivent prouver leur rentabilité. Chaque test est mesuré, chaque résultat est documenté, chaque décision de continuer ou d'arrêter est argumentée par la data. C'est moins glamour que le piratage créatif, mais c'est ce qui fait vivre une entreprise.

Comment prioriser, tester et scaler ses canaux d'acquisition

Adapter son équipe au stade de la boîte

Avant dix personnes dans l'entreprise, ce qui pour un e-commerce représente déjà souvent plus d'un million de chiffre d'affaires, il n'est pas nécessaire d'embaucher un profil growth.

Le fondateur ou la fondatrice doit se former sur le canal conventionnel principal et l'opérer directement. Embaucher un généraliste growth trop tôt, c'est diluer l'effort au moment où il faudrait le concentrer.

La première embauche growth devrait être un spécialiste du canal qui fonctionne déjà, un expert ads, un expert SEO. Le profil généraliste, capable de piloter une stratégie multi-canal, n'arrive qu'ensuite, quand la base est solide et que le CA permet de soutenir une équipe structurée.

Agence ou interne : une question de budget, pas de principe

Sur la question récurrente "faut-il prendre une agence ?", la réponse est pragmatique. En dessous de 2 000 euros de budget mensuel en ads, il vaut mieux se former et opérer soi-même.

Au-delà de 2 000 à 3 000 euros par mois, ce qui représente un investissement conséquent à l'année, une agence spécialisée commence à valoir le coût.

Pour le SEO, la logique est la même : si le canal est stratégique et que l'entreprise a atteint une certaine taille, externaliser fait sens. Sinon, les outils disponibles aujourd'hui permettent de se lancer seul.

Le CRM dès le jour un, sans négociation

Un point qui revient avec insistance : mettre en place un CRM le plus tôt possible est non négociable. Klaviyo pour le B2C, HubSpot pour le B2B, les licences d'entrée sont accessibles.

La raison est simple : un CRM est très peu rétroactif. On peut migrer une base de données, mais on ne retrouve jamais l'historique des interactions qui n'ont pas été trackées. Chaque jour sans CRM est un jour de data perdue, et cette data est le carburant de toute stratégie growth sérieuse.

Ce que l'IA change concrètement dans le growth, et ce qu'elle ne change pas

L'IA peut t'amener de 0 à 1, pas de 1 à 100

Le discours ambiant laisse entendre que l'IA peut remplacer un expert growth. La réalité terrain est plus nuancée.

Sur le SEO par exemple, des outils intégrant l'IA permettent de poser les bases, identifier des mots-clés, structurer un premier contenu, obtenir des recommandations techniques.

Mais dès qu'il s'agit de scaler, d'affiner une stratégie éditoriale dans un contexte concurrentiel ou d'optimiser le maillage d'un site complexe, l'intervention humaine reste indispensable.

"L'outil IA te permet de faire du SEO de 0 à 1, mais il te permet pas de remplacer un expert SEO que tu recrutes dans ton équipe ou un consultant d'une agence."
- Sacha Azoulay, fondateur de Growth Room

Le même principe s'applique à la stratégie globale : un LLM peut proposer un plan d'action, mais il ne connaît pas les dynamiques internes de l'entreprise, les contraintes budgétaires réelles, ni l'historique des tests précédents. L'IA est un accélérateur de démarrage, pas un substitut à l'expertise.

Là où l'IA fait vraiment gagner du temps

Les gains concrets se situent dans des tâches précises. D'abord, la prospection B2B : des outils comme Lemlist ou Zelik intègrent désormais l'IA pour la constitution de bases de données, le séquençage et le copywriting. Le processus est nettement plus fluide qu'il y a deux ans.

Ensuite, l'analyse post-call. Enregistrer un appel commercial avec Gemini ou Fireflies, puis envoyer le transcript à un LLM permet non seulement d'extraire les prochaines étapes, mais aussi de mieux comprendre les enjeux du prospect, surtout dans des secteurs techniques où la terminologie est dense.

Le LLM croise le contenu de la conversation avec des connaissances sectorielles et produit des synthèses qui seraient autrement coûteuses en temps de recherche.

Ce qu'il ne faut surtout pas déléguer à l'IA

La règle est claire : les sujets critiques pour la survie de l'entreprise ne se délèguent pas. Dans une agence people-based comme Grossroom, deux sujets sont sanctuarisés.

Le premier, c'est la culture, la préparation des présentations trimestrielles d'alignement, la stratégie RH, l'organisation des séminaires. Le second, c'est le sales, la relation directe avec les prospects, le suivi personnalisé, la construction de confiance.

L'IA peut prendre des notes pendant un call commercial. Elle ne peut pas remplacer la conversation elle-même, ni le jugement humain dans le suivi. La question n'est pas "est-ce que l'IA fait ça moins bien ?" mais "est-ce que ce sujet est assez critique pour que je ne prenne aucun risque dessus ?"

Les erreurs qui coûtent cher quand on veut aller trop vite

Dépendre d'un seul canal, c'est jouer sa boîte à pile ou face

La diversification des canaux d'acquisition n'est pas un luxe — c'est une assurance. Si demain Google déploie une mise à jour algorithmique et que tout le trafic SEO d'une entreprise s'effondre, l'absence d'alternative peut être fatale.

L'histoire de Growth Room avec HubSpot illustre bien le piège : en dépendant uniquement d'un partenaire pour alimenter un pôle d'activité, l'agence a stagné pendant des mois.

Ce n'est qu'en développant des canaux d'acquisition propres et en élargissant le périmètre de l'offre, du simple consulting HubSpot au RevOps complet, que la croissance a redémarré.

"Ne dépendez pas que d'un canal. Si vous dépendez que du SEO et que demain il y a une mise à jour, vous allez être nulle part."
- Sacha Azoulay, fondateur de Growth Room

Confondre soft skills et hard skills dans le recrutement growth

L'erreur de casting la plus fréquente en growth : embaucher quelqu'un pour ses compétences techniques en négligeant la rigueur opérationnelle.

Un bon profil growth, c'est d'abord quelqu'un d'organisé, qui respecte ses deadlines, qui communique clairement et qui sait faire un reporting propre.

La spécialisation technique vient naturellement avec la pratique. L'inverse, un technicien brillant mais désordonné, produit des pics ponctuels, jamais de croissance durable.

La prospection B2B par email, par exemple, a perdu en efficacité ces dernières années. Les équipes qui continuent à "inonder" des listes de contacts avec des messages personnalisés à 50 % obtiennent des résultats déclinants.

L'approche qui fonctionne désormais repose sur l'Account-Based Marketing : cibler moins de comptes, repérer les signaux d'intention via le CRM, et envoyer des messages hyper-personnalisés à plusieurs décideurs au sein du même compte. C'est plus exigeant en rigueur, moins en volume.

FAQ

Quels sont les meilleurs canaux d'acquisition pour un e-commerce en 2026 ?

Pour un e-commerce B2C, les deux canaux de prédilection restent les campagnes publicitaires (Meta Ads, Google Ads, TikTok Ads selon la cible) et le SEO.

Le SEO inclut désormais le référencement classique sur les moteurs de recherche et ce qu'on appelle le GEO, c'est-à-dire l'apparition dans les réponses des LLM comme ChatGPT, Perplexity ou Gemini. L'objectif est de maîtriser ces deux piliers avant de diversifier vers l'influence, les salons ou d'autres leviers.

Quel budget minimum faut-il pour lancer des campagnes ads efficaces ?

En dessous de 2 000 euros mensuels de budget publicitaire, il est préférable de se former et de gérer ses campagnes soi-même.

Au-delà de 2 000 à 3 000 euros par mois, le recours à une agence spécialisée devient pertinent car l'investissement justifie un niveau d'optimisation plus fin. Les outils gratuits comme Google Looker Studio permettent de suivre les performances même avec un budget limité.

Quels outils utiliser pour faire du growth marketing en B2B ?

Le stack minimum en B2B comprend Lemlist pour la prospection automatisée, Pharow pour la constitution de bases de données de prospects, HubSpot comme CRM, et N8N ou Make pour l'automatisation des workflows.

Google Sheets reste un outil sous-estimé mais central pour le scoring des expérimentations, l'analyse de données et les connexions entre outils via des modules complémentaires.

L'IA peut-elle remplacer une équipe growth marketing ?

Non. L'IA accélère certaines tâches — copywriting de prospection, analyse de calls commerciaux, constitution de bases de données, reporting.

Mais elle ne remplace ni l'expertise stratégique d'un profil senior, ni la rigueur opérationnelle quotidienne, ni le jugement humain sur les sujets critiques comme le sales ou la culture d'entreprise.

Les outils comme Lemlist ou Zelik intègrent l'IA de manière utile, mais le pilotage reste humain.

Comment scorer ses expérimentations growth ?

La méthode la plus simple consiste à créer un tableur listant toutes les idées d'acquisition, puis à noter chacune sur deux axes : l'impact potentiel (de 1 à 10) et la difficulté de mise en œuvre (budget, temps, compétences, plus c'est facile, plus la note est haute).

Les expérimentations à fort impact et faible difficulté passent en priorité. L'objectif est d'en exécuter une à deux par mois selon les ressources disponibles.

Quelle est la différence entre growth marketing et marketing traditionnel ?

Le marketing traditionnel mène des campagnes sans nécessairement viser un retour sur investissement immédiat, il peut s'agir de notoriété ou d'image de marque. Le growth marketing, lui, repose sur des expérimentations mesurables dont chaque résultat est évalué en termes de rentabilité.

Si un test n'est pas rentable, il est arrêté. S'il l'est, il est optimisé et scalé. Cette discipline de mesure est le fondement de toute stratégie growth sérieuse.

Conclusion

Le growth marketing n'a pas besoin de plus d'outils ni de plus de hacks. Il a besoin de moins de dispersion et de plus de méthode. Choisir deux canaux, les scorer, les tester proprement, mesurer, décider, et recommencer.

C'est moins spectaculaire qu'un détournement viral, mais c'est ce qui construit des entreprises qui durent.

L'IA vient accélérer certaines briques, la prospection, l'analyse, le reporting. Elle ne vient pas remplacer la rigueur, le focus et le jugement. Les équipes qui l'ont compris prennent de l'avance. Les autres continuent de courir après le prochain hack.

  • La croissance durable ne vient pas de la prochaine astuce — elle vient de la discipline à exécuter la bonne.*

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